lundi 12 janvier 2015

« Pourquoi une telle baisse des prix du pétrole ? » par Jean-Marie Chevalier (Cercle des économistes)Une baisse des prix de cette ampleur ne peut intervenir sans la volonté de l'Arabie SaouditeUne baisse des prix de cette ampleur ne peut intervenir sans la volonté de l'Arabie Saoudite


Les prix du pétrole sont en chute libre. Le baril de Brent est passé au-dessous de 50 dollars en janvier 2015, ce qui représente une baisse de plus de 50 % par rapport aux cours de juin 2014. Jean-Marie Chevalier explique pourquoi, dans l’actuel contexte international.
Les raisons avancées sont une surabondance de l’offre par rapport à une demande qui reste atone sur l’ensemble de la planète. Peu étaient ceux qui s’attendaient à une telle évolution qui reflète, certes, l’évolution du marché physique, mais aussi un bouleversement assez considérable de la dynamique des flux pétroliers et du rôle de l’OPEP.
La dynamique des flux pétroliers. L’ampleur du développement du gaz de schiste, puis du pétrole de schiste aux Etats-Unis, a été un phénomène inattendu. Ceci a inversé une évolution où l’on voyait s’accroître la dépendance gazière et pétrolière du pays. Par ailleurs, ces nouvelles ressources ont entraîné une baisse du prix de l’énergie, eux-mêmes déterminés par des éléments domestiques et non plus par les marchés internationaux. Les Etats-Unis sont aujourd’hui les premiers responsables de la croissance de l’offre pétrolière mondiale avec une interaction croissante entre les flux de pétrole brut et les flux de produits raffinés, ce qui accroît la flexibilité des marchés.
La question qui se pose est celle de savoir si le développement du pétrole non conventionnel peut être freiné par une baisse des prix. La réponse est complexe car certaines productions se développent au coût marginal (les investissements ont été faits) tandis que d’autres impliquent une continuité des forages et des investissements. Il semblerait qu’un prix durablement inférieur à 60 dollars serait de nature à diminuer le taux de croissance de la production du brut américain.
L’OPEP. En 1999 et en 2009, l’OPEP a agi collectivement pour arrêter la baisse des prix et renverser la tendance. On pouvait s’attendre à ce qu’elle joue le même jeu aujourd’hui. En fait, l’OPEP n’a plus du tout la même unité et son pouvoir est affaibli par deux éléments : la montée en puissance des Etats-Unis qu’il serait bon de freiner pour les pays de l’OPEP et le jeu très individualiste de l’Arabie saoudite. Avec un prix de l’ordre de 60 dollars, le budget du royaume saoudien sera en déficit en 2015 mais le pays peut puiser dans ses immenses réserves financières.
Par ailleurs, le pays n’est pas mécontent de voir à quel point l’Iran, la Russie et à terme les Etats-Unis sont gênés par un prix aussi bas. Ce prix met en grand embarras économique l’Iran et la Russie mais aussi l’Irak, le Venezuela, le Nigeria, l’Algérie, des pays pour lesquels un fonctionnement socio-politique soutenable implique des prix supérieurs à 90 dollars le baril.
L’Arabie saoudite n’a probablement pas intérêt à s’aliéner durablement la sympathie des pays lésés par un prix bas. Par ailleurs, les rebonds de la demande encouragés par le prix et les frissons de reprise de l’économie mondiale devraient avoir pour effet de susciter une correction avant l’été 2015. Toutefois, cette correction ne peut avoir lieu qu’avec une volonté nouvelle exprimée par l’Arabie saoudite, le seul pays qui peut moduler quasi-instantanément le volume de ses exportations.
Jean-Marie Chevalier

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