vendredi 12 novembre 2010

Désaccords au G20 sur les moyens de relancer l'économie mondiale



Le président américain Barack Obama au sommet du G20 à Séoul, le 11 novembre 2010 (Photo Yonhap/AFP)

Vendredi 12 novembre 2010, 07h14
Les pays du G20 ont entamé jeudi soir à Séoul un sommet qui s'annonçe orageux, sur fond de "guerre des monnaies" et de tensions entre pays excédentaires et déficitaires sur le plan commercial, notamment entre la Chine et les Etats-Unis.
Ce cinquième sommet du G20 a débuté par un dîner de travail réunissant notamment les présidents américain Barack Obama et chinois Hu Jintao.
Le sommet s'annonce délicat pour M. Obama, affaibli par une récente défaite électorale. Il devra répondre aux critiques de la plupart de ses partenaires, qui accusent les Etats-Unis d'égoïsme en faisant tourner la planche à billets, via l'injection de 600 milliards de dollars supplémentaires dans leur économie.
Cette politique vise à "stimuler la croissance" aux Etats-Unis "mais aussi à l'étranger", a-t-il assuré jeudi.
Le président américain Barack Obama (D) et le président sud-coréen Lee Myung-Bak au sommet du G20 à Séoul, le 11 novembre 2010 (Photo Yonhap/AFP)

Mais il est "difficile de faire ça si nous commençons à voir les importants déséquilibres économiques qui ont contribué à la crise se développer à nouveau", a averti M. Obama, à l'issue d'une rencontre avec son homologue sud-coréen Lee Myung-Bak.
Parallèlement, la première puissance économique mondiale veut limiter les excédents des puissances exportatrices, Chine et Allemagne en tête.
Les Américains ont toutefois renoncé à réclamer un plafond de 4% du produit intérieur brut pour les excédents de la balance des comptes courants, une proposition fermement rejetée par Berlin et Pékin.
"Fixer politiquement des plafonds aux excédents ou aux déficits des comptes courants n'est ni économiquement justifié ni politiquement approprié", a affirmé la chancelière allemande Angela Merkel.
Le G20 pourrait au mieux déboucher sur un accord a minima demandant au Fonds monétaire international (FMI) d'élaborer des directives pour réduire les écarts entre pays déficitaires et excédentaires.
Le président chinois HU Jintao au sommet du G20 à Séoul, le 11 novembre 2010 (Photo Michel Euler/AFP)


"Des différences considérables persistent sur les questions des monnaies et des déséquilibres des comptes courants", a déclaré le porte-parole de la présidence du G20, Kim Yoon-Kyung, après des discussions mercredi entre hauts responsables des Finances.
M. Obama a souhaité que le communiqué final du sommet, qui faisait l'objet jeudi d'âpres négociations au niveau ministériel, "commence à mettre en place des mécanismes qui nous aideront à identifier et à encourager une telle croissance équilibrée et durable".
Le président chinois Hu Jintao s'est engagé de son côté lors d'une rencontre bilatérale avec M. Obama à renforcer le dialogue et la coopération avec Washington.
Mercredi, il s'était montré plus critique en appelant les Etats-Unis à "prendre leurs responsabilités et à faire face à leurs propres problèmes".
Les pays émergents craignent que la politique de relance américaine ne provoque chez eux un afflux d'argent spéculatif. Certains d'entre eux, comme le Brésil, ont pris des mesures pour limiter les mouvements de capitaux, qui restent étroitement contrôlés en Chine.
La chancelière allemande Angela Merkel a pour sa part demandé que le G20 s'engage fermement contre le protectionnisme, que plusieurs pays redoutent dans le sillage d'une "guerre des monnaies".
"Il y a des craintes que nous soyons bel et bien entrés dans des dévaluations compétitives nous rappelant la Grande dépression" des années 30, a ainsi averti le premier ministre japonais, Naoto Kan.
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva s'est montré tout aussi dramatique en jugeant que le mondait courait "à la faillite" si les pays riches ne relançaient pas davantage leur demande intérieure, au lieu de privilégier les exportations.
Dans les rues de la capitale sud-coréenne, quelque 3.000 manifestants ont défilé contre la tenue du sommet "qui ne reflète pas le point de vue des travailleurs et des pauvres", a déclaré Jung Ei-hun, vice-président de la confédération syndicale KCTU.

jeudi 11 novembre 2010

Femmes et argent : on vous dit enfin tout

Enquête européenne

 

 - Femme et argent - Femme et banque : gestion argent au feminin
On dit les femmes dépensières, incapables de tenir des comptes et encore moins de comprendre les placements de leur banquier... Ah, rions ! Car s’il y a bien une chose dont on est sûr, c’est qu’on n’attend plus après ces messieurs pour gonfler notre porte-monnaie.

C’est le premier enseignement qui ressort de notre grande enquête européenne sur les femmes et l’argent, à laquelle vous avez été 5146 à répondre. Et pour 84% d’entre vous, faire fructifier l’argent du foyer, c’est bien l’affaire de tous.

Alors justement, nous avons eu envie de connaître votre rapport à l’argent, vos habitudes, votre banque, vos projets de placement... Histoire de remettre les comptes à jours !

L’argent, un sujet décomplexé
I
l ne reste aujourd’hui que 3% de nos internautes européennes pour penser que l’argent est un tabou. Pour toutes les autres, c’est un sujet qui fait partie du quotidien, dont vous parlez librement (pour 46% des Françaises) et même auquel vous pensez tout autant que les hommes (pour 77% des Françaises).
Et il n’y a pas de honte à cela !
Car plus qu’une nécessité, vous associez l’argent à une réelle notion de plaisir. Pour une grande majorité d’entre vous, l’argent est synonyme de liberté (75% des répondantes françaises, 81% des Italiennes, 89% des Anglaises) loin devant la réussite ou le pouvoir. Dans la même logique, vous recherchez surtout des placements à moyen terme (53% contre 20% de placements à long terme). Enfin, si vous gagniez 100 000 euros, 73% d'entre vous, toutes nationalités confondues, choisissent de se faire plaisir avant de placer le reste !
Carpe Diem, Carpe Diem... Oui, mais ce n’est pas pour autant que vous êtes des dépensières compulsives. Sur ce point, homme, femme, même combat puisque chacun dépense autant, mais "pas de la même manière" selon 75% des internautes françaises.

Ma banque et moi

Les femmes et leur banque ? Une relation qu’elles veulent personnalisée. Et dès le choix de l’enseigne, rien n’est laissé au hasard. En effet, la transmission joue son rôle puisqu’il s’agit de la même banque que vos parents (38% des répondantes) ou que votre conjoint (37%). Et c’est encore plus vrai pour les Françaises qui signent dans la banque de leurs parents à 53% ! D’ailleurs, l’influence des proches est encore plus parlante pour les conseils financiers puisque vous écoutez d’abord votre famille (40% des internautes européennes) avant votre banquier (28%). Méfiantes ?
Toujours dans cette idée de « ma banque à moi », 56% des répondantes déclarent ne connaître que les services qui les intéressent.
En revanche, la fidélité n’est pas forcément de mise. 48% des Européennes ont déjà changé de banque depuis l’ouverture de leur premier compte, et 43% déclarent avoir des comptes dans deux ou trois banques différentes.
Quoi qu’il en soit, si vous deviez comparer votre banque à un animal, ce serait : un écureuil (22% des Françaises), un renard (29% des Italiennes et 30% des Allemandes) et un Saint-Bernard (26% des Espagnoles et 26% des Anglaises). CQFD.

La banque en ligne, l’avenir ?Internet, on l’aime, surtout pour y faire des achats en toute confiance. C’est ce que déclarent 50% des Européennes, et à ce jeu-là, les Anglaises sont les championnes avec 76% d’habituées !
En revanche, pour ce qui est d’établir une relation virtuelle avec votre banque, vous êtes (un peu) plus frileuses. En effet, 45% des répondantes préfèrent encore prendre un rendez-vous avec leur conseiller en agence plutôt que d’effectuer leurs opérations en ligne (26%). Un écart qui varie selon les pays : Françaises et Italiennes sont ainsi les plus fans de leur espace perso.
Alors que vous apporte en plus Internet ? Consulter facilement et à tout moment vos comptes (69%) et effectuer facilement vos virements (54%) : voici les deux pratiques que vous plébiscitez. En France, 73% déclarent faire totalement confiance aux virements online.

Et demain ?

Pour demain vous voulez du pratique, du pratique et du pratique ! Vous aimeriez en effet voir sur auFeminin.com plus de conseils malins pour placer votre argent (59% des internautes françaises, 63% des Italiennes), des infos pratiques en cas d’urgence (53% des Anglaises, 49% des Françaises) et des conseils pour voyager à l’étranger (33% des Allemandes, 36% des Anglaises.)
Quant à nos internautes françaises, elles plébiscitent largement les outils qui leur permettraient de simuler des prêts à 43% !

Alors écureuil, Saint-Bernard ou fourmi, finalement, la banque que vous voulez c’est celle qui répondra avant tout à vos besoins persos, au quotidien, et qui s'adaptera à vos envies de placements. Une banque sur-mesure, en somme.




Ludivine Le Goff

Femmes et argent : on vous dit enfin tout!!!!!

Au feminin.com
Enquête européenne

 

 - Femme et argent - Femme et banque : gestion argent au feminin
On dit les femmes dépensières, incapables de tenir des comptes et encore moins de comprendre les placements de leur banquier... Ah, rions ! Car s’il y a bien une chose dont on est sûr, c’est qu’on n’attend plus après ces messieurs pour gonfler notre porte-monnaie.

C’est le premier enseignement qui ressort de notre grande enquête européenne sur les femmes et l’argent, à laquelle vous avez été 5146 à répondre. Et pour 84% d’entre vous, faire fructifier l’argent du foyer, c’est bien l’affaire de tous.

Alors justement, nous avons eu envie de connaître votre rapport à l’argent, vos habitudes, votre banque, vos projets de placement... Histoire de remettre les comptes à jours !

L’argent, un sujet décomplexé
I
l ne reste aujourd’hui que 3% de nos internautes européennes pour penser que l’argent est un tabou. Pour toutes les autres, c’est un sujet qui fait partie du quotidien, dont vous parlez librement (pour 46% des Françaises) et même auquel vous pensez tout autant que les hommes (pour 77% des Françaises).
Et il n’y a pas de honte à cela !
Car plus qu’une nécessité, vous associez l’argent à une réelle notion de plaisir. Pour une grande majorité d’entre vous, l’argent est synonyme de liberté (75% des répondantes françaises, 81% des Italiennes, 89% des Anglaises) loin devant la réussite ou le pouvoir. Dans la même logique, vous recherchez surtout des placements à moyen terme (53% contre 20% de placements à long terme). Enfin, si vous gagniez 100 000 euros, 73% d'entre vous, toutes nationalités confondues, choisissent de se faire plaisir avant de placer le reste !
Carpe Diem, Carpe Diem... Oui, mais ce n’est pas pour autant que vous êtes des dépensières compulsives. Sur ce point, homme, femme, même combat puisque chacun dépense autant, mais "pas de la même manière" selon 75% des internautes françaises.

Ma banque et moi

Les femmes et leur banque ? Une relation qu’elles veulent personnalisée. Et dès le choix de l’enseigne, rien n’est laissé au hasard. En effet, la transmission joue son rôle puisqu’il s’agit de la même banque que vos parents (38% des répondantes) ou que votre conjoint (37%). Et c’est encore plus vrai pour les Françaises qui signent dans la banque de leurs parents à 53% ! D’ailleurs, l’influence des proches est encore plus parlante pour les conseils financiers puisque vous écoutez d’abord votre famille (40% des internautes européennes) avant votre banquier (28%). Méfiantes ?
Toujours dans cette idée de « ma banque à moi », 56% des répondantes déclarent ne connaître que les services qui les intéressent.
En revanche, la fidélité n’est pas forcément de mise. 48% des Européennes ont déjà changé de banque depuis l’ouverture de leur premier compte, et 43% déclarent avoir des comptes dans deux ou trois banques différentes.
Quoi qu’il en soit, si vous deviez comparer votre banque à un animal, ce serait : un écureuil (22% des Françaises), un renard (29% des Italiennes et 30% des Allemandes) et un Saint-Bernard (26% des Espagnoles et 26% des Anglaises). CQFD.

La banque en ligne, l’avenir ?Internet, on l’aime, surtout pour y faire des achats en toute confiance. C’est ce que déclarent 50% des Européennes, et à ce jeu-là, les Anglaises sont les championnes avec 76% d’habituées !
En revanche, pour ce qui est d’établir une relation virtuelle avec votre banque, vous êtes (un peu) plus frileuses. En effet, 45% des répondantes préfèrent encore prendre un rendez-vous avec leur conseiller en agence plutôt que d’effectuer leurs opérations en ligne (26%). Un écart qui varie selon les pays : Françaises et Italiennes sont ainsi les plus fans de leur espace perso.
Alors que vous apporte en plus Internet ? Consulter facilement et à tout moment vos comptes (69%) et effectuer facilement vos virements (54%) : voici les deux pratiques que vous plébiscitez. En France, 73% déclarent faire totalement confiance aux virements online.

Et demain ?

Pour demain vous voulez du pratique, du pratique et du pratique ! Vous aimeriez en effet voir sur auFeminin.com plus de conseils malins pour placer votre argent (59% des internautes françaises, 63% des Italiennes), des infos pratiques en cas d’urgence (53% des Anglaises, 49% des Françaises) et des conseils pour voyager à l’étranger (33% des Allemandes, 36% des Anglaises.)
Quant à nos internautes françaises, elles plébiscitent largement les outils qui leur permettraient de simuler des prêts à 43% !

Alors écureuil, Saint-Bernard ou fourmi, finalement, la banque que vous voulez c’est celle qui répondra avant tout à vos besoins persos, au quotidien, et qui s'adaptera à vos envies de placements. Une banque sur-mesure, en somme.




Ludivine Le Goff

Le G20, à quoi ça sert ?

Créés pour répondre aux crises financières des années 1990, les sommets du G20 peinent à intéresser le grand public. Sont-ils pour autant inutiles ? Entretien avec Gunther Capelle-Blancard, professeur d'économie à l'université Paris-Sorbonne.
Par Ségolène ALLEMANDOU France 24 (texte)
Le G20 rassemble 19 pays ainsi que l'Union européenne (UE) et représente à ce titre les deux tiers de la population mondiale et 90 % du PNB mondial. Et pourtant, l'opinion publique peine à suivre ces grands rendez-vous de la finance mondiale...
Les observateurs s'accordent à dire que, des quatre sommets des chefs d'État et de gouvernement organisés depuis 2008, seul celui de Londres, en 2009, a permis de déboucher sur des actions concrètes en amortissant le choc de la crise.
Parmi les 20 pays membres, on retrouve ceux du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie et Canada), ainsi que l'Afrique du Sud, l'Australie, l'Arabie saoudite, la Russie, la Turquie, 4 pays d'Asie, trois d'Amérique latine, et l'Union européenne.

De quoi s'interroger sur la pertinence de ces grand-messes... surtout quand on écoute le président français, Nicolas Sarkozy : "Vous croyez que cela nous fait plaisir de nous réunir ? Nous sortons vidés de ces sommets ! Je préférerais faire du bateau sur le lac Ontario", avait-il déclaré à l'issue du G20 de Toronto, en juin dernier.
D'autres ne manquent pas de pointer du doigt le coût parfois exorbitant de ces rencontres organisées aux frais du contribuable (quelque 960 millions d'euros avaient été déboursés pour Toronto). Quelle est l’utilité des réunions du G20 ? Éléments de réponse avec Gunther Capelle-Blancard, directeur adjoint au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII) et professeur d'économie à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne.



FRANCE 24 - Les sommets du G20 manquent de lisibilité et coûtent cher. Quel est l'intérêt de telles rencontres ?
Gunther Capelle-Blancard - Certes, le G20 coûte cher mais l’organisation du sommet de Séoul est une opportunité énorme pour les Sud-Coréens. Cet évènement est avant tout une vitrine qui va leur permettre de démontrer leurs compétences économiques et techniques. La Corée du Sud est le premier pays émergent à accueillir un G20, ce qui signifie que les Sud-Coréens sont entrés dans la cour des grands. Ils vont recevoir les grandes puissances, et discuter avec eux des problèmes économiques importants.
Il y a quelqu’un d’autre pour qui ce sommet a toute son importance, c’est Nicolas Sarkozy. Occuper la présidence du G20 représente pour lui un tremplin avant la présidentielle de 2012 en France.

F24 - En dehors de ces quelques symboles, quelles avancées concrètes doit-on au G20 ?
G. C.-B. - En 2009, le sommet de Londres avait permis d'éviter une dépréciation de la monnaie. La crise économique aurait pu être beaucoup plus grave, à l’image de ce qu’on a connu dans les années 1930.
Les États-Unis, l’Union européenne et la Chine ont pris des mesures de relance de manière coordonnée. Il y a donc eu des résultats mais c’était assez facile car toutes les nations étaient dans la même configuration, à savoir faire front pour éviter la crise.
Aujourd’hui, les problématiques ne sont plus les mêmes et des divergences d’intérêt sont apparues entre chaque nation, notamment concernant le taux de change. Je dirais qu’on est en pleine phase de transition car il n’y a pas de pays qui occupe une position hégémonique, comme cela a été le cas des États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. C'est pourquoi le système monétaire a du mal à fonctionner de manière optimale.
Les sommets depuis 2008
novembre 2008 : Washington.
avril 2009 : Londres.
septembre 2009 : Pittsburgh.
juin 2010 : Toronto.
novembre 2010 : Séoul.
novembre 2011 : prévu en France.

F24 - Comment expliquez que l’opinion publique ait du mal à s’intéresser à ces sommets ?
G. C.-B. - Le Groupe des 20 existe depuis longtemps [il a été crée en 1999] mais a réellement pris forme en 2008 en réponse à la crise financière. Dans un premier temps, les chefs d’État et de gouvernement ont pris soin d'adopter des mesures concrètes, notamment sur la rémunération des traders et sur la lutte contre les paradis fiscaux. Ils ont été accusés, par les journalistes notamment, de faire du populisme, et de ne pas entrer dans le vif du sujet en traitant de réelles problématiques comme les normes comptables. Les sommets suivants ont ensuite abordé des problèmes plus techniques liés à la régulation financière.
Pour le sommet de Séoul, la réforme du système monétaire international va être le thème phare. Certes, c’est un sujet assez complexe que le grand public maîtrise mal car il a une très mauvaise culture économique. Mais c’est un sujet tout à fait G20.
Je pense cependant que le G20 n’a pas pour unique objectif de donner des détails techniques. Aujourd’hui, sa mission est avant tout de faire des recommandations. Et c'est pourquoi il est essentiel que celles-ci soient formulées par les politiques. Le mérite de ces sommets est de juguler les déséquilibres et de coordonner les différents pays. Imaginez une réunion bilatérale entre la Chine et les États-Unis sur la guerre des monnaies, on peut facilement imaginer que chaque partie camperait sur ses positions. Ces rencontres multipartites peuvent permettre d'obtenir une meilleure coopération.

F24 - Que peut-on espérer du sommet de Séoul ?
G. C.-B. - Comme on est dans une phase de transition, il est probable que l’on n’aboutisse pas à des mesures révolutionnaires. Mais cela ne voudra pas pour autant dire que le G20 est inefficace. Il soulignera plutôt la difficulté des problématiques.

mercredi 10 novembre 2010

Le régime congolais de sécurité sociale

A. Généralités

1) Structure

Le régime congolais de protection sociale garantit :
·                     des indemnités journalières de maternité,
·                     des prestations d'assurance invalidité-vieillesse-décès (survivants),
·                     des prestations d'accidents du travail-maladies professionnelles,
·                     des prestations familiales.
L'employeur est responsable du service de certains soins médicaux au salarié et aux membres de sa famille. Il maintient le salaire pendant une période d'arrêt de travail.

2) Organisation

La Caisse Nationale de Sécurité Sociale - Avenue Paul Doumer - B.P. 182 - BRAZZAVILLE- Tél. : (00 242) 975 84 57, gère les trois branches et est chargée de recouvrir toutes les cotisations sauf celle de l'ONEMO et du Fonds National de construction.
Elle dispose des antennes suivantes :
CNSS, B.P. 762 - POINTE-NOIRE
CNSS, B.P. 244 - DOLISIE
CNSS, B.P. 66 - JACOB
CNSS, B.P. 24 - MAKOUA
CNSS, B.P. 44 - OUESSO.

L'ONEMO (L'Office nationale de l'emploi et de la main-d'oeuvre) - BP 2006 - BRAZZAVILLE - Tél. (00 242) 81 24 22 - Fax : (00 242) 81 02 19 - Site internet : www.onemocongo.org, est un établissement public doté d'une autonomie financière placé sous tutelle du Ministère du Travail. Il est en charge de la formation professionnelle, du contrôle de l'emploi et de la mise en relation des offres et demandes d'emploi.

3) Financement

Toute personne occupant un emploi salarié est immatriculée, il lui est remis un livret de travail et d'assurance comportant un numéro matricule.
Taux de cotisations au 1er janvier 2009
Branches
part patronale
part salariale
plafond mensuel
(en F. CFA)
(*) Y compris maternité-prestations en espèces
Prestations familiales (*)
10,03 %
-
600.000
Accidents du travail
2,25 %
-
600.000
Assurance-pensions
8 %
4 %
1.200.000
Fonds National de construction
2 %
-
1.200.000
ONEMO
(y compris la taxe d'apprentissage
de 1 % retenue par les contributions directes)
0,5 %
-
1.200.000
Total
22,78 %
4 %


Les cotisations dues au titre des prestations familiales, des accidents du travail sont calculées sur le salaire brut de l'intéressé compris entre le SMIG et 600.000 francs CFA par mois maximum.
Les cotisations dues pour les Pensions vieillesse/invalidité/décès, le Fonds National de construction et au titre de l'ONEMO (Office national de l'emploi et de la main-d'œuvre) sont calculées sur un salaire brut compris entre le SMIG et 1.200.000 francs CFA par mois maximum.
Le salaire minimum légal est de 43.000 F CFA pour 40 heures de travail hebdomadaire.

B. Prestations familiales

Le régime des prestations familiales comprend une prime de naissance, des allocations prénatales, des allocations familiales proprement dites, éventuellement des prestations en nature. A ces prestations s'ajoutent des indemnités journalières en faveur des femmes salariées en congé de maternité.

1) Indemnités journalières de maternité

Pour percevoir les indemnités journalières de maternité, la femme salariée doit avoir cotisé six mois consécutifs et avoir travaillé 20 jours ou 133 heures chaque mois.
Toute femme enceinte salariée a droit à un congé de maternité de quinze semaines dont six avant et neuf après l'accouchement. Pendant cette période, la caisse lui verse une indemnité égale à la moitié du salaire qu'elle a perçu à la fin du dernier mois précédant l'arrêt de travail (l'autre moitié est versée par l'employeur).
Le versement de cette prestation peut être prolongée de trois semaines en cas de grossesse ou de suites de couches pathologiques.

2) Prime de naissance

Une prime de naissance est versée à l'occasion de la naissance des trois premiers enfants nés viables, elles s'élèvent à 1.100 francs CFA.

3) Allocations prénatales

Les allocations prénatales sont subordonnées au fait que la femme ait subi un certain nombre d'examens médicaux (un avant la fin du troisième mois de grossesse, le deuxième vers le sixième mois et le troisième vers le huitième mois). Payées en deux fractions, elles s'élèvent à 2.000 francs CFA par mois pendant neuf mois.

4) Allocations familiales

Des allocations familiales sont attribuées pour chacun des enfants à charge jusqu'à seize ans révolus. La limite d'âge est portée à dix-sept ans pour l'enfant placé en apprentissage et à vingt ans s'il poursuit des études ou si, par suite d'infirmité ou de maladie incurable, il est dans l'impossibilité de se livrer à un travail salarié.
Le paiement des allocations familiales est subordonné à :
·                     un minimum de travail salarié de vingt jours dans le mois ou 133 heures,
·                     l'assistance régulière des enfants d'âge scolaire aux cours,
·                     leur inscription au registre d'état civil,
·                     leur surveillance médicale.
Elles sont, en principe, versées à la mère, tous les trois mois. Elles s'élèvent à 2.000 francs CFA par mois et par enfant.

5) Action sanitaire et sociale

La caisse exerce une action sanitaire et sociale en faveur des familles des allocataires.

C. Accidents du travail, maladies professionnelles

L'assurance couvre les accidents du travail survenus sur le lieu de travail à l'occasion du travail, les accidents de trajet entre le domicile de l'assuré et son lieu de travail ainsi que les maladies professionnelles faisant l'objet d'une liste.
Le service des prestations n'est subordonné à aucune condition d'activité préalable, il suffit que l'accident intervienne au cours du travail ou pendant le trajet.
Les soins dispensés aux victimes sont intégralement pris en charge.

1) Incapacité temporaire

L'indemnité journalière est égale à 100 % du salaire moyen journalier des trente derniers jours et est versée pendant trois mois. Si la période d'interruption du travail dépasse trois mois, l'indemnité est portée aux deux tiers du salaire. Le salaire journalier servant de base au calcul de cette indemnité ne peut toutefois dépasser 1 % du maximum de rémunération annuelle retenu pour l'assiette des cotisations de sécurité sociale (600.000 francs CFA par mois).

2) Incapacité permanente

En cas d'incapacité permanente, la victime a droit à une rente égale au salaire annuel multiplié par le taux d'incapacité préalablement réduit de moitié pour la partie de ce taux qui ne dépasse pas 50 % et augmenté de moitié pour la partie qui excède 50 %.
Si l'incapacité permanente est totale et oblige la victime pour effectuer les actes ordinaires de la vie, à recourir à l'assistance d'une tierce personne, le montant de la rente est majoré de 50 %.

3) Décès (survivants)

Lorsque le décès est dû aux suites d'un accident du travail, une rente est versée aux ayants droit de la victime (conjoints survivants, enfants, ascendants).
Peuvent prétendre à une rente :
·                     le conjoint survivant (ni divorcé, ni séparé de corps, à condition que le mariage ait été contracté antérieurement à l'accident) : la rente est égale à 30 % du salaire annuel ayant servi de base au calcul de la rente de la victime,
·                     les enfants (à charge comme définis pour les prestations familiales, jusqu'à 16 ans ou 17 ans en cas d'apprentissage et 20 ans en cas de poursuite d'études ou d'infirmité) et descendants de la victime : 50 % du salaire annuel,
·                     les ascendants à charge de la victime : 20 % du salaire annuel.
En aucun cas, l'ensemble des rentes dues aux ayants droit ne peut dépasser 85 % du montant annuel d'après lequel elles ont été établies.
En cas de décès, les frais funéraires sont couverts dans la limite des frais exposés et sans que le montant excède un maximum fixé par arrêté ministériel (inexistant pour le moment).

D. Invalidité, vieillesse, décès (survivants)

1) Invalidité

a) Conditions

L'assuré, qui devient invalide avant d'avoir atteint l'âge de soixante ans, a droit à une pension d'invalidité, s'il remplit les conditions suivantes :
·                     avoir été immatriculé à la caisse depuis cinq ans au moins,
·                     avoir accompli six mois d'assurance au cours des douze derniers mois civils précédant le début de l'incapacité conduisant à l'invalidité,
·                     être atteint d'une perte de ses capacités de travail d'au moins 66,7 % donnant lieu à une invalidité reconnue par la CNSS .
Si l'invalidité est due à un accident, l'assuré a droit à une pension d'invalidité, sans période minimale d'admissibilité à condition qu'il ait occupé un emploi assujetti à l'assurance à la date de l'accident et qu'il ait été immatriculé à la caisse avant cette date.
Est considéré comme invalide, l'assuré qui a subi une diminution permanente de ses capacités physiques ou mentales médicalement constatée, le rendant incapable de gagner plus d'un tiers de la rémunération qu'un travailleur ayant la même formation peut se procurer par son travail.

b) Montant

Le montant de la pension est fixé en fonction de la rémunération mensuelle moyenne, définie comme la 1/36ème ou la 1/60ème partie du total des rémunérations soumises à cotisations, au cours des trois ou cinq dernières années précédant la date d'admissibilité à pension, le choix étant dicté par l'intérêt de l'assuré.
Le montant mensuel de la pension d'invalidité est égal à 40 % de la rémunération mensuelle moyenne. Si le total des mois d'assurance et des mois assimilés dépasse 240, le pourcentage est majoré de 2 % pour chaque période d'assurance ou assimilée de douze mois au-delà de 240 mois.
Un supplément de 50 % de la pension peut être accordé au titre de l'assistance d'une tierce personne si le titulaire d'une pension d'invalidité a besoin de façon constante de l'aide d'une tierce personne pour accomplir les actes de la vie quotidienne.
Le montant mensuel de la pension d'invalidité ne peut être inférieur à 60 % du SMIG le plus élevé du territoire national correspondant à une durée de travail hebdomadaire de quarante heures. Ce montant minimum ne peut cependant pas être supérieur à 80 % de la rémunération moyenne de l'assuré.
Un supplément pour enfant à charge de 1.200 francs CFA est versé par enfant et par mois.

2) Vieillesse

a) Conditions

L'assuré, qui atteint l'âge de soixante ans, a droit à une pension de vieillesse, s'il remplit les conditions suivantes :
·                     avoir été immatriculé à la caisse depuis vingt-cinq ans au moins ;
·                     avoir accompli au moins soixante mois d'assurance au cours des dix dernières années précédant la date d'admissibilité à pension ou compter au minimum 240 mois d'assurance ;
·                     cesser définitivement toute activité salariée.
L'assuré ayant cinquante ans, atteint d'une usure prématurée de l'organisme le rendant inapte à exercer une activité salariée et qui remplit les conditions précitées, peut demander une pension anticipée.
L'assuré qui a accompli au moins douze mois d'assurance et qui, ayant atteint l'âge requis, cesse toute activité salariée alors qu'il ne satisfait pas aux conditions requises pour avoir droit à pension de vieillesse ou à pension anticipée, reçoit une allocation de vieillesse sous forme d'un versement unique.
Enfin, une pension proportionnelle peut être accordée dans les mêmes conditions qu'une pension normale de vieillesse, sous réserve que le montant de celle-ci ne soit pas inférieur à 60 % du SMIG.

b) Montant

cf. Invalidité.
Le montant de l'allocation de vieillesse est égal à autant de fois la rémunération mensuelle moyenne de l'assuré que celui-ci compte de périodes de douze mois d'assurance.

3) Décès (survivants)

a) Conditions

En cas de décès du titulaire d'une pension de vieillesse ou d'invalidité ou d'une pension anticipée, ainsi qu'en cas de décès d'un assuré qui, à la date de son décès, remplissait les conditions requises pour bénéficier d'une pension de vieillesse ou d'invalidité ou qui justifiait d'au moins 240 mois d'assurance, les survivants ont droit à une pension de survivants.
Sont considérés comme survivants :
·                     la veuve de l'assuré, à condition que le mariage ait été contracté un an au moins avant le décès,
·                     le veuf invalide à la charge de l'assurée, à condition que le mariage ait été contracté un an au moins avant le décès du conjoint,
·                     les enfants à charge de l'assuré, tels qu'ils sont définis au titre des allocations familiales.

b) Montant

Les pensions de survivants sont calculées en pourcentage de la pension de vieillesse ou d'invalidité ou de la pension anticipée à laquelle l'assuré avait ou aurait eu droit à la date de son décès à raison de :
·                     30 % pour la veuve ou le veuf,
·                     50 % pour chaque orphelin de père ou de mère.
Le droit à la pension du conjoint survivant s'éteint en cas de remariage. Dans ce cas, une allocation de remariage égale à six mensualités de la pension lui est versée.
Si l'assuré ne pouvait prétendre à pension d'invalidité et comptait moins de 240 mois d'assurance à la date de son décès, ses survivants bénéficient d'une allocation de survivant, versée en une seule fois, d'un montant égal à autant de mensualités de la pension de vieillesse à laquelle l'assuré aurait pu prétendre au terme de 240 mois d'assurance qu'il avait accompli de périodes de six mois d'assurance à la date de son décès.

lundi 8 novembre 2010

L'homme qui vend des îles de rêve

Robinson. Fahrad Vladi possède un catalogue d'îles unique au monde.

Par Marie Bordet
L'homme qui vend des îles de rêve
Fahrad Vladi, sur une île écossaise, bientôt en vente sur son catalogue © Vladi Private Islands
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Trente-cinq années ont passé, mais il se souvient dans le moindre détail de cette journée particulière. Fahrad Vladi n'avait pas encore cette allure de vieux sage qui a tout vu, tout vécu. Il était un jeune homme exalté et avide d'aventures. Il embarque au petit matin sur un bateau militaire avec Shahram Pahlavi, neveu du chah d'Iran, et son épouse. Le couple princier explore les Seychelles, en quête d'un îlot à acheter. Ça tombe bien, Vladi a un diamant brut en magasin. On lui a parlé d'une île hors du commun, bordée par un lagon peuplé de raies pastenagues et de tortues centenaires, certaines étant nées la même année que Marcel Proust (1871). On lui a raconté que, sur ses immenses plages, le crabe bleu géant apparaît parfois, avant de retourner faire le mort dans les profondeurs de la lagune. Un trésor caché quelque part au milieu de nulle part. En plein océan Indien, à la hauteur de l'atoll Saint-Joseph, à 250 kilomètres au sud de Mahé.
Le périple dure une éternité, il fait chaud. La nuit leur tombe sur la tête. "Enfin, on a aperçu l'ombre d'Arros se découper sur le ciel", se rappelle Vladi. Les projecteurs du navire se braquent sur ce tas de sable qui dépasse de la mer et révèlent une plantation de cocotiers, avec une petite maison traditionnelle sur la plage. "Le charme a opéré instantanément, continue Vladi. Arros était une île magnifiquement sauvage." Confort primaire et bonheur total. Le prince iranien a le coup de foudre. Arros est à vendre, Arros est à lui. Deux décennies de vacances idylliques plus tard, il revend sa parcelle d'Éden à un couple de Français. M. et Mme Bettencourt. On connaît la suite : la piscine taillée dans le corail, les leçons de plongée de madame, la construction d'une piste d'atterrissage, le mystère sur l'identité réelle du propriétaire, les soupçons de fraude fiscale...

Micromarché lucratif

Prudent, Fahrad Vladi s'arrête net. Que ce soit clair, il ne connaît pas les Bettencourt et ça fait un bail qu'il n'a pas mis les pieds à Arros. Ce qui compte, c'est son titre de meilleur vendeur d'îles privées au monde. Micromarché lucratif. Cet homme de 63 ans, mélange de sang perse et allemand, a cédé 2.000 îlots en tout genre depuis ses débuts, en 1971. Il a traité avec les plus grands, hommes d'affaires, banquiers, héritiers ou stars de cinéma. Exemples : c'est lui qui a vendu Rocky Island (Canada) à Tony Curtis, qui aimait à y peindre ses toiles. C'est encore lui qui, à la mort de John Wayne, a cherché un acquéreur pour son île de Taborcillo (Panama) dont ses descendants ne voulaient plus. Lui encore qui a aidé Nicolas Cage à trouver l'île de ses rêves aux Bahamas. Idem pour Mariah Carey, Diana Ross, Dietrich Mateschitz (Redbull), ou Luc Besson. Quel riche et célèbre n'a pas son île ?
Entre deux avions - il revient de Porto Rico et repart pour Halifax -, à Hambourg, jolie ville du nord de l'Allemagne, il reçoit dans son bureau bourré de vieilles cartes topographiques à l'échelle 1/25.000e, de relevés maritimes et de globes terrestres patinés par des mains baladeuses. Vladi se situe quelque part entre l'aventurier et l'érudit, une sorte d'Indiana Jones qui se serait spécialisé dans le patrimoine mondial de l'humanité flottante, et en aurait - par la même occasion - fait son beurre. Globe-trotteur professionnel, Vladi et ses 40 employés gèrent une base de données de 12.000 îles sur la planète. Il n'y a pas un centimètre carré d'eau salée qui ait de secrets pour lui. Pour chaque îlot recensé, des notes historiques, le nom des précédents propriétaires, des photos aériennes, des brochures touristiques, un état des lieux sur la fiscalité locale. Vladi propose aujourd'hui 120 îles dans son catalogue - de 100.000 dollars à 50 millions de dollars - et en vend une trentaine par an.

"Cherche îlot à acheter"

Tout commence avec une rêverie de petit garçon. Happé par la lecture monomaniaque de Robinson Crusoé, il peine à quitter son île déserte quand sa mère l'appelle pour passer à table. Il se protège des ouragans en se cachant sous son lit et devise gaiement avec son perroquet imaginaire. "J'ai fini par grandir, rigole Vladi. J'ai choisi d'étudier l'économie pour faire carrière dans la banque." Il a 20 ans quand il tombe sur un article qui relate l'histoire du propriétaire d'une île aux Seychelles. Son rythme cardiaque passe la surmultipliée. "Je me suis dit : alors, c'est possible... se rappelle-t-il. Je me suis juré de trouver une île. Rien que pour moi." Il publie une annonce, "Cherche îlot à acheter", dans un quotidien de l'archipel aux 115 îles. Un jeune avocat lui répond et lui envoie les clichés d'une certaine Cousine Island. "Personne ne connaissait les Seychelles, raconte cet avocat, James Mancham, qui deviendra le premier président des Seychelles. Il fallait prendre un bateau de Mombasa, au Kenya, pour arriver à Mahé. Il n'y avait pas d'aéroport international, c'était un trou perdu." Vladi est excité comme une puce. Tout y est, et même plus encore : cocotiers, eau turquoise, soleil garanti et sable fin. Mais la lecture du prix demandé (110.000 dollars) fait office de cellule de dégrisement. Il n'a pas le début du quart de la somme...
Dépité mais pas abattu, il se glisse dans la peau de l'intermédiaire. Il démarche de riches hommes d'affaires hambourgeois et leur agite les photos sous le nez. Ça mord ! En mars 1971, il touche sa première commission en vendant Cousine Island. Il vient d'inventer un métier : vendeur d'îles. "Très vite, le bouche-à-oreille a fonctionné, et la jalousie aussi. J'ai eu d'autres demandes", dit-il. Son second deal est une île proche de Bréhat, et le troisième, une île suédoise. Il arpente les côtes bretonnes, celles de Corse, d'Angleterre ou d'Écosse. Il décolle pour le Canada, les États-Unis et l'Amérique du Sud. Le plus difficile, c'est d'identifier de belles îles et de savoir si elles sont à vendre. Vladi grimpe dans des hélicoptères ou de petits coucous d'aéroclub, pour repérer les îles. Puis l'enquête de voisinage démarre. "On poursuivait les pêcheurs et les notaires pour leur poser des questions, raconte René Böhm, son comparse de l'époque, qui créera ensuite une agence concurrente, Islands 4 Sale. On écrivait des lettres aux maires des communes pour savoir à qui appartenaient les îles." Il accoste sur des cailloux battus par les vents en pleine mer Baltique ou sur des paradis désertiques sous les Tropiques. Il côtoie des bandits au Panama et des propriétaires membres de grandes familles (Rockefeller, Onassis, Forbes ou Rothschild). "Au début, acheter une île paraissait complètement farfelu, se souvient Böhm. Proposer une langue de terre au Panama avec 10 kilomètres de plage sans aucune habitation relevait de la folie pure. Alors qu'aujourd'hui plus une île est vierge et isolée, plus la demande est forte."


La république du moi

Qui n'a pas été tenté un jour de s'évanouir dans la nature ? "Si on cherche la solitude, si on fuit les paparazzi, rien ne vaut une île, dit Olaf Lock, directeur de Vladi Private Islands. Le luxe, c'est tout simplement de ne pas avoir de voisins." Posséder une île, c'est aussi un fantasme de toute-puissance. Le maître des lieux peut proclamer la république du moi. Fonder le royaume de sa petite personne, sur lequel il peut établir sa loi, tendance démocratie ou dictature. C'est aussi le contact quasi charnel avec les éléments : la pluie, le sable, le soleil, les arbres, les étoiles et la mer. Ce qui ne signifie pas le retour à l'état sauvage pour autant... "Nos clients habitent une île déserte, certes. Mais ils exigent tous un lit king size, l'air conditionné, le wi-fi, le téléviseur plasma 60 pouces (minimum), le chef cuisinier, les vins fins, les femmes de chambre." Ils n'ont pas signé pour "Koh Lanta". Et pourtant, même avec de gros, voire de très gros moyens financiers, la vie des apprentis Robinsons n'est pas toujours de tout repos.
Pirates, humidité, moustiques, dengue, serpents, tsunamis, araignées, cyclones, coupures d'électricité, chaleur. Argh... Les dix plaies d'Égypte. Le photographe François-Marie Banier, l'ami de Liliane Bettencourt, en habitué d'Arros, semble partager cette façon de voir. Il déclarait devant les enquêteurs : "Cette île, je la déteste. Elle est bourrée de moustiques, elle est minuscule et il y fait très humide. En plus, il y a des requins. Je déteste les îles. Johnny Depp a deux îles dans le Pacifique, où il m'a invité plusieurs fois, et je n'y vais jamais." Tout est possible.

Autre solution, louer

Le générateur tombe en panne, un arbre chute sur la voiture, votre fille est allergique aux piqûres d'araignée. "La responsabilité d'une île peut vous transformer en esclave, dit Vladi. Même avoir du personnel peut devenir un gros souci, à cause du syndrome de l'île déserte." L'isolement à outrance rend fou... Johnny Depp a résolu le problème. "Il jette l'ancre dans la baie de son archipel des Bahamas, raconte Vladi. Il dort sur son bateau, mais profite de son île pour dîner les pieds dans le sable." Il reste deux semaines puis s'en va le coeur léger. Autre solution, louer. Par exemple, Musha Cay. Dans l'une des onze îles privées aux Bahamas qui appartiennent au magicien David Copperfield. Tarifs : de 30.000 à 45.000 dollars la nuit, tout compris. Mais on peut préférer séjourner chez Richard Branson, à Necker Island (îles Vierges) pour 50.000 dollars la nuit. Ou opter pour un phare dans la mer de Norvège, pour 3.500 dollars... la semaine.
D'ici à la mi-décembre, Fahrad Vladi aura pris ses quartiers d'hiver. Ou plutôt d'été, car il part aux antipodes de la vieille Europe, dans "son" île, en Nouvelle-Zélande. Forsyth Island, 706 hectares plantés dans le Pacifique Sud, à vingt minutes d'hélicoptère de Wellington. "C'est un paysage de montagnes escarpées qui se jettent dans la mer, dit ce père de trois enfants. Je m'occupe de mes moutons et je marche dans mes vallées." Il est devenu un Robinson Crusoé militant, et la fièvre qu'il éprouve pour son héros n'est jamais retombée. Vladi a mis la main sur l'authentique fusil du marin écossais Alexandre Selkirk, l'homme qui a inspiré le personnage de Robinson. Cet homme avait survécu au début du XVIIIe siècle cinq années seul dans une île des mers du Sud, à 674 kilomètres des côtes du Chili.

Ils se sont offert des îles :
L'île de Leaf Cay de Nicolas Cage
Pour acquérir l'île de Leaf Cay, aux Bahamas - voisine de celles de Johnny Depp ou Leonardo DiCaprio -, l'acteur américain aurait déboursé 2,2 millions d'euros, en 2006. © Vladi Private Islands-Guetty Images/AFP
L'île de Bottle Cay, acquise par Luc Besson
Le réalisateur Luc Besson a acheté par l'intermédiaire de Private Islands l'île de Bottle Cay, aux Bahamas, en 2004. © Vladi Private Islands-AFP
Dietrich Mateschitz s'est offert l'île de Laucala
Le patron de Redbull, Dietrich Mateschitz, s'est offert une retraite dorée dans l'île de Laucala, qui fait partie de l'archipel des Fidji, en 2002. C'est le magnat de la presse Malcolm Forbes qui en était auparavant l'heureux propriétaire. © Vladi Private Islands-Guetty Images
L'île d'Arros, dans les Seychelles
L'île d'Arros, aux Seychelles, est bordée par un lagon peuplé de raies pastenagues et de tortues centenaires. Le couple Bettencourt avait acheté cet îlot paradisiaque à un prince iranien en 1999, avant que Liliane Bettencourt ne le cède à François-Marie Banier, en 2003. © Sipa - Abaca

vendredi 29 octobre 2010

Forum francophone des affaires - Les économistes francophones interpellent les chefs d'Etat sur la nécessité d'intégration régionale et de création de places financières

L'émergence des économies africaines et les places financières francophones ont été les questions débattues par les hommes d'affaires et experts francophones, en présence du président béninois les 21 et 22 octobre, à Genève en Suisse.
Cette rencontre associée au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement francophones réunis à Montreux, en Suisse, a eu pour objectif de réfléchir sur les enjeux économiques de la francophonie. D'imminentes personnalités ont fait le déplacement de Genève, parmi lesquelles : Boni Yayi, président de la République du Bénin, Abderaman Djasnabaille, ministre tchadien des Droits de l'homme, Anicet Dologuele, ancien Premier ministre centrafricain et ancien président de la BDEAC, Agbeyomé Messan Kodjo, ancien Premier ministre du Togo et président du groupe Afrique du Forum francophone des affaires, Christian Bongo, directeur général de la Banque gabonaise de développement, Hugo Ferreira, directeur de la compagnie Benjamin de Rothschild, Philippe Séchaud, administrateur de banque en Afrique, Alain Fénéon, avocat à la cour et spécialiste Ohada, Luc Rigouzzo, directeur général de Proparco, du groupe Agence française de développement (AFD), Stephen Decam, secrétaire général du Conseil français des investisseurs en Afrique, Marie-Yvonne Charlemagne, directeur financier du groupe Rougier.

Plusieurs questions ont été évoquées, telles que : le climat des affaires en Afrique et les véhicules d'investissement ; ces actifs africains ignorés par la finance ; l'Afrique, laboratoire des économies futures ; comment l'Afrique peut-elle reprendre le contrôle de son négoce ?

« Mon vœu est que notre continent soit impliqué dans la gouvernance des affaires de notre planète »

L'allocution de Boni Yayi, président de la République du Bénin, a été le point marquant de la rencontre : « (...) L'espace francophone doit être véritablement un espace qui assure le progrès social. L'économie africaine au sud du Sahara reste encore marginalisée, car nous subissons les technologies et le modèle économique venus d'ailleurs. Mon vœu est que notre continent soit impliqué dans la gouvernance des affaires de notre planète. Pour cela, il nous faudra mettre en œuvre des stratégies de financement, celles poussant à la compétitivité et au partenariat public/privé. Nous devons aussi étudier une autre méthode de distribution d'eau et surtout croire en la justice et au respect des droits de l'homme. Avec le FFA, nous pourrions travailler pour cette émergence économique francophone. »
Intervenant pour sa part sur la question des « Actifs africains ignorés par la finance », Anicet Dologuele a démontré que cette ignorance était due à différents facteurs comme « le détournement des ressources, l'octroi sans transparence des permis et la signature des contrats en leur défaveur ». L'ancien président de la BDEAC a tout de même affiché son optimisme, car selon lui, l'annulation de la dette a généré des montants pouvant être reversés au profit de la production. Il a aussi fait état de l'intégration régionale, qui devrait se réaliser au niveau politique, législatif, monétaire et économique en mettant l'accent sur la construction des infrastructures et l'offre de produits financiers aux investisseurs, leur permettant d'intervenir durablement en Afrique. Quant à Sylvain Goupille, directeur Finance Carbone BNP Paribas, il estime que « le capital carbone est encore inexploité en Afrique, à l'exception près des projets de certification du bois notamment dans le bassin du Congo ».

Il nait en Afrique une nouvelle génération d'investisseurs

Prenant la parole pour parler du « Climat des affaires en Afrique et les véhicules d'investissement », Philippe Séchaud, administrateur de banque en Afrique, a constaté la résistance des banques africaines face à la crise financière, et une amélioration de la bonne gouvernance. Quant à l'environnement économique, il a assisté à la naissance d'une nouvelle génération d'investisseurs restant et investissant dans leur pays, dans le transport et la télécommunication. Néanmoins, « la croissance ne suffit pas à rattraper le retard, surtout que les marchés régionaux ont du mal à se constituer. Il est vital de mettre en place les marchés financiers pour attirer les investisseurs locaux et internationaux. Pour cela, les Etats africains doivent mettre en place un canal incitatif en vue de l'accroissement économique ». Pour maître Alain Feneon, ce canal incitatif a été mis en place en matière législative grâce à l'Ohada (Organisation pour l'harmonisation du droit des affaires en Afrique), qui apporte aux entreprises une sécurité juridique. « En vue de l'accroissement économique, l'organisation juridique et judiciaire est importante. L'Ohada est une révolution et les entreprises sont satisfaites de ce système. Mais nous déplorons le fait que malgré le recours à l'arbitrage qui apporte un semblant de neutralité, la sécurité judiciaire n'est pas encore établie, car le juge national n'est toujours pas déconnecté de toute pression étatique ». Tout comme lui, Michel Juvet, directeur de la banque Bordier, a démontré que la croissance est en marche depuis 10 ans grâce aux règles juridiques qui se sont développées, sauf que « l'Afrique doit aller chercher les investisseurs étrangers, les convaincre, vendre ce qu'elle produit et investir dans les actions, les devises, le rachat de dettes... ». En conclusion, il a déploré le fait que les sociétés étrangères en Afrique n'investissent pas assez dans la finance et l'agriculture.

Le continent souffre d'un manque de visibilité sur l'acheminement des produits qu'il exporte

Comment l'Afrique peut-elle reprendre le contrôle de son négoce ? C'est à cette question qu'a répondu André Soumah, président et directeur général de l'Audit, contrôle et expertise globale (ACE), provoquant une vive réaction. Selon lui, « les projets économiques n'avancent pas parce que l'Africain ne connait pas son marché. Pour prétendre prendre ce contrôle, il faut pénétrer les multinationales américaines qui désorganisent le système et définir une vision claire de développement. Parce que le système économique africain est opaque, il n'y a pas de visibilité sur l'acheminement des produits vendus à l'exportation. En plus, nous construisons des usines sans marchés et nos banques ne se concentrent qu'au transfert de capitaux ». Pour Monsieur Balkany, vice-président de Toreador Resources Corporation, plaidant pour l'intégration régionale, « il y a très peu de commerce entre pays africains. Le continent doit se reprendre, former ses entrepreneurs et se réapproprier ses richesses naturelles ».

Les pays africains sont des pays riches mais peuplés de pauvres... c'est un paradoxe qui doit nous interpeller

Nous avons interrogé Stephen Decam, secrétaire général du Conseil français des investisseurs en Afrique, à propos du développement de l'Afrique francophone et de l'impact du débat organisé. Sans détour, il a répondu : « Ce développement est inversement proportionnel au nombre de forums dont malheureusement un trop grand nombre sont des forums bavards. Nous devons y aborder les vrais problèmes comme l'Etat de droit et la bonne gouvernance, l'intégration régionale, les investissements et la place faite au secteur privé comme vecteur majeur du développement. Pour cela, il faut un secteur privé dynamique associé à un Etat fort. Le secteur privé est déjà dynamique. Faisons en sorte d'avoir des Etats forts qui garantissent aux investisseurs une parfaite visibilité, sinon, ceux-ci iront ailleurs. Il ne suffit pas qu'un Etat se proclame démocratique pour être un Etat fort, il faut d'abord qu'il se soucie des besoins fondamentaux de ses populations qui sont se nourrir, se soigner et s'éduquer. Beaucoup de pays d'Afrique sont des pays riches mais peuplés de pauvres, c'est un paradoxe qui doit nous interpeller ! »

A l'issue des débats, un rapport a été établi en vue d'être transmis par Boni Yayi, président de la République du Bénin, aux chefs d'Etat présents à Montreux. Rappelons que le Forum francophone des affaires (FFA), organisation économique internationale, joue également le rôle de partenaire privilégié des instances nationales. Associé au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement francophones, le forum se tient chaque année à Genève, en Suisse.

Carmen Féviliyé

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